Formateur

La posture du formateur-connecteur en blended learning

Après avoir contrasté deux configurations de blended learning, Denis Reymond poursuit aujourd'hui son analyse des facteurs de succès de ce type de dispositif, en s'intéressant plus particulièrement à la posture des formateurs qu'elle doit entraîner.

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La posture des formateurs

La réussite d’un dispositif pédagogique repose en grande partie sur la posture du formateur. Dans le cas d’un dispositif tel que le blended learning, où la technologie joue un rôle beaucoup plus structurant, cette posture exige une part de rupture et de réinvention. Notre approche du blended learning au sein de Demos vise à favoriser l’appropriation des instruments technologiques par notre communauté de formateurs, notamment dans le cadre de nos ateliers de partage de bonnes pratiques. Ces ateliers sont une opportunité que nous utilisons pour mettre nos modules e-learning sur étagère entre les mains des formateurs, qui ont contribué à leur création. Ce retour aux experts renforce au sein de la communauté des formateurs  Demos une posture dans laquelle chacun se sent porteur de la parole contenue dans les modules e-learning. Ces derniers se transforment ainsi de façon naturelle en un cadre de référence, au sein duquel chaque formateur peut venir apporter sa touche individuelle. Cette touche peut par exemple s’exprimer dans la manière d’expliquer un schéma. La référence à un corps de contenus homogène est vécue comme l’accomplissement d’un travail collectif de longue haleine.

Nous sommes également convaincus à l’issue de ces ateliers qu’un dispositif de blended learning ne tient guère à la façon dont est bâti son programme. Deux sous-groupes de formateurs avaient ainsi à construire chacun un programme de formation sur le même sujet : l’un dont la partie présentielle précèderait la partie e-learning, l’autre dont la partie présentielle succèderait à la partie e-learning. Les programmes ayant résulté des travaux de ces deux sous-groupes se sont avérés identiques, confirmant le rôle décisif joué par la posture du formateur.
 

L’expertise du formateur

La richesse d’expertise qui se réunit dans ces ateliers permet également de confronter des expériences souvent originales, et d’ouvrir notre conscience collective aux pratiques innovantes. C’est tout particulièrement vrai lorsque les modalités pédagogiques s’inspirent du théâtre, comme c’est le cas pour des sujets de formation tels que l’entretien d’évaluation. Il n’est pas inutile de rappeler comment le séquençage des phases en blended learning se fonde chez nous sur le principe d’un aller-retour entre le niveau de la représentation et celui de la mise à l’épreuve :
 
• Étape 1 : e-learning. Représentations de connaissances génériques et de formes spécifiques à l’entreprise (représentation). Cette 1ère représentation associe ce qui unit : le commun, « ce que je connais déjà », et ce qui distingue : le particulier, « ce que je ne connais pas ».
 
• Étape 2 : présentiel. Intégration en situation des connaissances et formes (épreuve). Retravailler de manière intégratrice des concepts de la 1ère représentation. Mettre à l’épreuve, confronter à la situation.
 
• Étape 3 : e-learning. Compréhension affinée de l’ensemble (re-représentation).

Ce qui importe ici étant l’alternance, et non l’ordre dans lequel s’effectue cette alternance, il est tout à fait possible d’avoir une première étape de présentiel expérientiel, une seconde étape de reconnaissance en e-learning, et une troisième étape de retour à l’expérience avec mise en application, retour d’expérience et atelier de partage des pratiques.
 
La technique du théâtre permet à l’apprenant d’incarner et de mettre à l’épreuve un contenu pouvant d’abord avoir été présenté à l’esprit sous la forme d’un module technologique. Ce que nos formateurs ont compris, c’est qu’une telle approche du e-learning permet en réalité de faire des choses que l’on ne peut pas faire en présentiel. La mise à l’épreuve théâtrale possède notamment un impact pédagogique très différent de celui de l’étude de cas. Là où l’étude de cas fait porter le souci du formateur sur la bonne assimilation d’une théorie, la mise à l’épreuve amène le regard du formateur à aider l’apprenant à entrer dans un personnage, à faire une entrée, et à établir la meilleure articulation possible entre le niveau de la représentation et celui de l’expérience. L’apprentissage est ici conçu comme une alternance entre la connaissance et l’épreuve. Du point de vue de la posture du formateur dans un dispositif blended, c’est donc le rôle de connecteur qui est décisif.
 
La posture de connecteur n’est pas celle d’un professeur cherchant à s’assurer qu’un contenu donné a été bien compris. Le connecteur est là pour ouvrir l’expérience de formation à la sérendipité, voire au questionnement de la fragilité des rôles. C’est en tout cas la conception de la posture pédagogique que nous partageons avec nos formateurs