Informatique

DSI et transformation digitale, le défi de la gouvernance de l’information

Transformation numérique, révolution digitale, essor d’internet, bouleversement technologique… Tout le monde en parle. Les TIC changent le monde. L’entreprise n’y échappe pas. Elle doit s’adapter. La DSI est en première ligne. Elie Patrelle, directeur d’ITact, consultant-formateur Demos en système d’information et enseignant, nous répond sur les difficultés rencontrées par les DSI dans le pilotage de cette transformation au sein des entreprises.​​

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La gouvernance de la transformation digitale, est-ce vraiment un nouveau challenge pour les DSI ?

Rappelons que la « gouvernance » est l’ensemble des meilleures pratiques à mettre en œuvre par toutes les parties prenantes d’une société pour que le syst​ème d’information de l’entreprise soit conforme aux réglementations, et surtout qu’il soit performant en terme de création de valeur (suivant COBIT et autres référentiels).

Dans ce cadre, je perçois l’expression « transformation digitale » surtout comme un terme marketing, car en prenant du recul sur les activités des DSI, on sait que ce mouvement est enclenché depuis longtemps. N’oublions pas que lorsqu’on parle de digital on parle de « binary digit », donc tout simplement d’informatique. En fait, nous organisons cette transformation depuis un bon moment déjà.

Il faut se rendre compte qu’il y a plus d’une dizaine d’années, la mise en place par les DSI d’internet dans les entreprises n’avait pas le même impact que les technologies actuelles. Depuis environ 5 ans ou plus, notamment avec le développement massif des réseaux sociaux, l’informatique est en pleine ébullition. Ce phénomène s’accélère avec l’arrivée des objets connectés et autres technologies émergentes.

Quelles évolutions particulières génère l’intégration des technologies Cloud au niveau de la sécurité et des usages des collaborateurs ?

On constate, notamment avec le développement des offres Cloud dans les entreprises, que les DSI qui se consacraient à l’informatique pure et dure deviennent de plus en plus des directions de service et d’innovation. Elles doivent s’ouvrir à d’autres domaines et connaissent de forts tiraillements. Sur les questions de sécurité ou de mobilité notamment, les collaborateurs doivent pouvoir utiliser, à l’intérieur de l’entreprise, des outils aussi performants qu’à l’extérieur.

Paradoxalement, sur le plan de la transformation digitale, c’est le grand public qui est en avance en termes d’usages des outils numériques par rapport aux pratiques du monde de l’entreprise. C’est un bouleversement. Il y a quelques années, dans les DSI, nous étions plutôt isolés sur ces questions, c’est nous qui essayions d’intéresser les autres acteurs et intervenants à ces problématiques. Un retournement s’est opéré : ce sont à présent les collaborateurs et utilisateurs qui ont des demandes sur le développement du numérique à l’intérieur des entreprises.

Quel est l’impact des solutions en mode Saas sur la gouvernance de la transformation digitale ?

Les solutions en mode Saas possèdent beaucoup d’avantages, elles ont aussi des inconvénients et génèrent également quelques difficultés. Certaines directions métier ne passent plus par la DSI pour leurs besoins informatiques. Pour des questions d’optimisation du temps, elles utilisent des outils en mode SaaS directement contractualisés avec des fournisseurs extérieurs. Nous vivons actuellement une tendance à la « balkanisation des SI » : les systèmes d’information des entreprises sont de nouveau en train d’éclater. Dans les années 90, avec les ERP, nous avions réussi à consolider les noyaux des DSI en entreprise, mais aujourd’hui nous nous retrouvons de nouveau face aux mêmes difficultés d’intégration et de consolidation des applications.

En termes de responsabilité et de management, cet état de fait ne facilite pas la tâche des DSI pour le pilotage de la transformation digitale. Le point positif est qu’il les pousse à évoluer dans le bon sens : innovation et services rendus aux directions métier. 

Les entreprises françaises sont-elles bien armées pour faire face à ces évolutions ?

Oui, globalement. Certains événements font penser que c’est le cas, comme par exemple l’annonce toute récente du patron de Cisco d’un investissement de 100 millions de dollars dans les start-up françaises. C’est forcément prometteur.

Par ailleurs, lors du Consumer Electronic Show de Las Vegas, qui s’est déroulé début janvier, on a noté une forte participation des start-up françaises et certaines se sont bien distinguées.

Il est difficile de prévoir quand les produits et services fraîchement développés par ces jeunes sociétés arriveront dans l’entreprise et quel sera leur impact, mais tout cela peut aller très vite et dans des domaines très diversifiés. 

Quel est le challenge n° 1 des DSI pour accompagner ce tournant ?

Une chose est certaine, la complexité pour les DSI réside aujourd’hui dans la gestion de la production et de la diffusion des informations des entreprises. Une problématique déjà bien identifiée par certains futurs collaborateurs des services informatiques. J’annonce souvent à mes étudiants, en introduction d’une formation et pour les motiver encore plus, que « l’information est le pétrole du XXIème siècle et c’est aussi un actif de l’entreprise ». 

Les DSI ne sont plus cantonnées à des charges exclusivement techniques. La dématérialisation des données, qui concerne tous les domaines et tous les services de l’entreprise, est un élément transverse. Désormais, l’interconnexion de l’entreprise ne concerne plus uniquement les clients ou les fournisseurs, elle concerne le monde extérieur. C’est pourquoi la bonne gestion de la circulation de l’information devient une activité à part entière des entreprises, et c’est à ce niveau stratégique, et ensuite opérationnel, qu’on attend les DSI.

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