Management de projet

“La gestion de l’irrationnel est au cœur des projets sensibles”

Matthieu Lemetais, notre expert en formation management de projet nous présente une synthèse de l’article de Nicolas Humeau sur la gestion de l’irrationnel au cœur des projets sensibles ou comment accepter l'importance de l'opinion et la possibilité de la gouverner. Le concept d'opinion est le plus souvent tenu à l'écart du champ sémantique de la gestion de projets. La bonne nouvelle, aussi contre-intuitive qu'elle puisse paraître, est que l'opinion se gère. Pour appliquer la bonne méthode au bon moment, il convient d'abord de définir le champ de cet irrationnel. Certains projets, que nous qualifierons de "techniques", n’en font pas partie. Le projet "technique" informe, le projet "sensible" communique.

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Qu’est-ce qu’un projet sensible en management de projet ?

Un projet sensible peut englober tout projet dont le contenu et/ou le champ d’acteurs concernés est de nature à cliver les opinions tant au niveau de l’existence, de la nature que de l’intensité des résultats attendus et dont l’aboutissement dépend, en conséquence, du degré d’adhésion suscité par sa communication.

Pour cela notre expert en formation management de projet distingue deux cas :

• Tout projet provoquant, parmi les acteurs qu’il concerne, un ou plusieurs des syndromes suivants : la pie ; l’évitement ; le catalogue (tendance à lister les causes plutôt qu’à chercher les solutions); l’iceberg; la frénésie; la tétanie; la boîte à claques; l’auto-flagellation
• Tout projet qui fait sortir l’organisation de son tunnel de conflictualité. Risquer de sortir du tunnel de conflictualité, c’est-à-dire d’entrer dans une logique de crise, est symptomatique d’un projet sensible.

Comment maîtriser le management de projet sensible ?

La socio dynamique propose une démarche outillée de conduite des changements sensibles. Notre expert en formation management de projet explique le réflexe inconscient d’un chef de projet est d’appliquer en toutes circonstances une communication descendante : le projet est posé comme une donnée, un moule rigide dans lequel les personnes doivent rentrer. La socio dynamique nous apprend qu’il ne s’agit pas de changer l’autre, mais de le comprendre tel qu’il s’est construit par son travail. Or, pour construire, il faut (a minima) être deux.

D’où le besoin d’installer un système de “communication totale”, en trois temps :
• Afficher son projet (descente) = émettre des messages porteurs de sens ;
• Recueillir les opinions qu’il génère (remontée) = écouter les verbatim que ces messages suscitent ;
• Adapter son projet (prise en compte des opinions et propositions) = modifier le contenu et l’affichage du projet.

Quels outils concrets de management de projet utiliser ?

Selon notre expert en formation management de projet, Nicolas Humeau met en avant deux modèles :

Le modèle SMART : une rationalité maîtrisée

Pour qu’un projet sensible se fasse entendre, il doit être clairement formulé, c’est-à-dire qu’il doit être :
• Spécifique : s’assurer de parler de la même chose, dans les mêmes termes, avec les parties prenantes ;
• Mesurable : utiliser les mêmes indicateurs pour reconnaître ensemble l’atteinte de l’objectif ;
• Ambitieux : donner envie de faire mieux (pour soi-même, pour le corps social, pour l’institution…) ;
• Réalisable : expliquer les ressources à disposition ;
• Temporisé : cadencer dans le temps, avec une date de fin.

Le modèle VUE : la rationalité ne suffit pas

Inspiré de l’analyse transactionnelle, le modèle VUE couvre l’ensemble de ce que l’on appelle la “construction cautionnante” des personnes, à savoir :
• Leur “Parent” (Valeurs),
• Leur “Enfant” (Envies… et craintes),
• Leur “Adulte” (Utilités).

C’est sur l’ensemble de ces trois champs que la communication du projet doit se déployer.

Comment bien véhiculer le contenu des messages ?

Du point de vue du contenu à déployer au sein de ces dispositifs, la communication sensible s’apparente à un “récit”, au sens anthropologique du terme qui veut qu’un récit donne un sens à l’expérience vécue en société en infusant en elle des représentations, rites et mythes. En tant que partie prenante de la société, l’organisation professionnelle, absorbe ces récits et se les approprie (“culture d’entreprise”).

C’est donc en racontant des “histoires” que cette culture, et les projets sensibles qui s’y insèrent, mobilisent le mieux les acteurs internes et externes. Vincent de Gauléjac, dans son dernier ouvrage, écrit ainsi : “La signification imaginaire est l’élément premier qui détermine les orientations de l’action. Les organisations sont d’abord des projections de sens” (page 284). Des chercheurs du MIT suggèrent même de gérer le récit d’un projet sensible comme on gère l’identité d’une marque.

Dans un prochain article dans la rubrique Formation management de projet, Matthieu Lemetais vous propose d’appliquer ces théories à un cas.