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PowerPoint nous rend-il stupides ?

PowerPoint nous rend-il stupides ?

« PowerPoint nous rend stupides ! » C’est le Général James N. Mattis du corps des Marines américains en personne qui l’affirme lors d’une conférence (donnée sans PowerPoint…) en avril 2010 en Caroline du Nord. C’est également ce sur quoi Franck Frommer, responsable de la communication d’un grand groupe financier, veut nous alerter dans son nouvel ouvrage, paru en Octobre 2010, « La pensée PowerPoint : enquête sur un logiciel qui rend stupide ». Il nous présente la première enquête sur ce logiciel devenu incontournable. Mais qu’en est-il pour le formateur?

PowerPoint : Chouchou des présentations

PowerPoint c’est LE logiciel de présentation visuelle destiné à accompagner les exposés oraux et largement utilisé par le formateur. A ce jour, 500 millions de personnes utiliseraient PowerPoint dans le monde. Pourtant Franck Frommer pense que ce logiciel est responsable de la perte de créativité, de productivité et du sens critique. En effet, selon lui, PowerPoint oblige à travailler « la forme en superficie davantage que le fond » et oblige à synthétiser les idées à outrance au moyen de « libellés elliptiques, des formules passe-partout, d’une grande pauvreté sémantique ». Le format imposé par les « Bullet points » et le raisonnement linéaire imposé par le déroulé des diapositives (slides) va à l’encontre de notre cerveau. L’utilisateur devient alors spectateur et donc passif. Pourtant PowerPoint fait partie de la boîte à outils du formateur mais nous allons voir que tout dépend de l’utilisation qui en est faite !
 

La relation pédagogique avec le formateur

Même si PowerPoint s’est progressivement imposé, bon nombre de formateurs ne souhaitent pas l’utiliser pour la simple et bonne raison qu’avec PowerPoint le stagiaire est passif, il subit. Alors que l’essence même de la formation, c’est l’échange, le partage de la connaissance.

En effet, selon l’auteur, avec PowerPoint « le stagiaire n’est là que pour enregistrer et ratifier une démarche préétablie qu’il devra reproduire ensuite. Avec PowerPoint, la personne ne se remet pas en question et ne peut discuter du contenu de sa formation [...] Powerpoint fait baisser l’attention et provoque la distraction. En un mot, le meilleur support de la formation reste le formateur…et le tableau de papier. »

De plus, la présentation PowerPoint relève plus du spectacle et de la mise en scène et le formateur devient alors présentateur. « Si PowerPoint facilite la structuration de la performance, il a aussi tendance à obliger le présentateur à capter l’attention de son auditoire, notamment en alignant soigneusement son discours à ce qu’il projette […] La présentation Powerpoint nécessite donc un réel savoir-faire en matière d’animation de groupe et une certaine capacité à contrôler les interactions. Et n’est pas animateur qui veut. » PowerPoint offre  un spectacle alors que la formation prône plutôt l’écoute active et  la réelle acquisition d’un savoir. C’est donc dans l’animation que tout le savoir-faire du formateur intervient.

On est alors en droit de se demander dans quelle mesure la relation pédagogique avec les formateurs n’est pas affectée avec l’utilisation de ce logiciel. Selon Frank Frommer, sans PowerPoint « la communication directe est favorisée et les échanges humains plus directs, moins prémédités » alors qu’avec PowerPoint « la lumière est tamisée et tout le monde à tendance à regarder l’écran sans possibilité d’interactions avec le formateur».

Ce que les formateurs reprochent le plus souvent à PowerPoint c’est sa dimension impersonnelle qui limite l’expression et l’imagination et son potentiel de distraction mais c’est aussi « son caractère mécanique et désincarné car la dynamique d’apprentissage passe par le contact, le geste, le ressenti et le processus associatif alors que PowerPoint supprime l’émotion, l’affect de la relation entre le formateur et son public. Lorsque le formateur fait un schéma, le public […] écrit en même temps que le formateur. Il se crée ainsi une communion, par l’imitation des gestes, entre le formateur et son public qui se trouvent alors dans la même temporalité ». On a d’ailleurs pu constater qu’avec l’utilisation du logiciel, la prise de notes à disparu.

En conclusion, PowerPoint est un outil véritablement paradoxal : il donne l’impression de favoriser l’énergie créatrice tout en limitant l’expression et en neutralisant le discours, il est d’usage rapide et peu coûteux mais donne une vision simplifiée et fragmentée. En somme PowerPoint « donne l’illusion de joindre l’utile à l’agréable ». L’auteur met en garde contre la « Powerpointisatisation » des générations Y ou « digital natives ». Alors PowerPoint nous rend-il stupides ? A quand le tableau blanc interactif dans les salles de formation ?